PhotoCraft : il recrée Photoshop gratuitement grâce à l’IA

PhotoCraft, une alternative gratuite à Photoshop développée avec l’intelligence artificielle par Brandon Thomas.
Brandon Thomas développe PhotoCraft et plusieurs alternatives open source aux logiciels Adobe avec l’aide de l’intelligence artificielle.

Il a recréé Photoshop avec l’IA : Brandon Thomas veut bousculer Adobe avec un logiciel gratuit

Un développeur américain utilise l’intelligence artificielle pour reconstruire sept logiciels de la suite Adobe, dont Photoshop, Premiere Pro et Lightroom. Son projet, baptisé ArtCraft, repose sur Claude Opus 5.5 et mise sur un modèle gratuit et open source. Derrière cette initiative, une question dépasse le simple monde de la retouche photo : l’IA peut-elle bouleverser l’économie des logiciels professionnels ?

Brandon Thomas, un développeur expérimenté derrière le projet

Brandon Thomas n’est pas un novice qui aurait demandé à un chatbot de fabriquer un logiciel en quelques minutes. Cet ingénieur américain possède environ quinze ans d’expérience dans le développement informatique. Il a notamment travaillé sur des systèmes de paiement à grande échelle et des projets techniques complexes.

Son initiative est née, entre autres, d’une frustration envers le modèle d’abonnement d’Adobe et ses frais de résiliation. Plutôt que de chercher une alternative existante, il a décidé de reconstruire plusieurs outils créatifs en s’appuyant sur les nouvelles capacités de l’intelligence artificielle.

Le résultat porte le nom d’ArtCraft. À partir de la fin septembre 2026, Brandon Thomas a publié plusieurs applications conçues pour reprendre les principales fonctions de logiciels Adobe bien connus.

Pour accélérer le développement, il s’est appuyé sur Claude Opus 5.5, un modèle d’IA d’Anthropic spécialisé notamment dans le raisonnement et la programmation. Le langage Rust a été choisi pour construire les applications.

Dans une interview relayée par PetaPixel, Thomas explique que son expérience technique lui permet de travailler avec ces modèles sans se contenter d’accepter aveuglément le code généré.

C’est un point essentiel pour comprendre le projet : l’IA accélère la production, mais l’expertise humaine reste nécessaire pour définir l’architecture, contrôler les résultats et corriger les erreurs.

PhotoCraft : une alternative gratuite à Photoshop

Le logiciel qui attire le plus l’attention est PhotoCraft, conçu comme un éditeur d’images inspiré de Photoshop.

L’application reprend des éléments familiers aux utilisateurs du logiciel d’Adobe : calques, masques, outils de sélection, pinceaux, filtres et réglages d’image. Elle vise également la compatibilité avec les fichiers PSD, couramment utilisés dans les environnements professionnels.

L’ambition est claire : permettre aux utilisateurs de retrouver un environnement de travail connu sans devoir payer un abonnement à Creative Cloud.

PhotoCraft est proposé gratuitement et son code source est accessible sur GitHub. Le projet se présente comme une réimplémentation indépendante, développée sans reprendre le code source propriétaire d’Adobe.

Cette approche, souvent appelée clean-room reimplementation, consiste à reproduire des fonctionnalités à partir de leur comportement observable et de spécifications accessibles, plutôt qu’à copier le code original.

Le projet est néanmoins encore à un stade précoce. Les développeurs le présentent comme une version alpha, ce qui signifie que des fonctionnalités peuvent être incomplètes, instables ou susceptibles d’évoluer rapidement.

PhotoCraft constitue donc une alternative à tester, mais pas encore un remplacement garanti de Photoshop pour tous les usages professionnels.

Sept logiciels Adobe revisités avec l’intelligence artificielle

L’ambition d’ArtCraft ne s’arrête pas à la retouche photo. Brandon Thomas a également publié des applications inspirées d’autres logiciels de la suite Adobe.

Application ArtCraftÉquivalent visé
PhotoCraftPhotoshop, retouche et composition d’images
VectorCraftIllustrator, création vectorielle
FilmCraftPremiere Pro, montage vidéo
LightCraftLightroom, développement et organisation photo
EffectCraftAfter Effects, effets visuels et animation
DesignCraftInDesign, mise en page
PrintCraftAcrobat Pro, gestion des documents PDF

Ces applications sont conçues pour fonctionner sur les principaux systèmes d’exploitation de bureau. Le projet met également en avant une approche open source qui permet à d’autres développeurs de consulter le code et de contribuer aux améliorations.

Les conditions de licence doivent néanmoins être vérifiées pour chaque dépôt. La disponibilité du code source ne signifie pas automatiquement que toutes les applications possèdent les mêmes garanties, les mêmes fonctionnalités ou le même niveau de maturité.

L’idée reste remarquable : au lieu de consacrer plusieurs années à chaque logiciel, un développeur expérimenté peut désormais utiliser l’IA pour accélérer la création de prototypes complexes et explorer plusieurs catégories d’applications en parallèle.

Claude Opus 5.5, le véritable accélérateur

Le rôle de Claude Opus 5.5 est central dans cette histoire. Le modèle peut générer des portions de code, proposer des structures logicielles, corriger des erreurs et aider à implémenter des fonctionnalités.

Cette capacité change la manière de développer un produit. Là où un ingénieur devait auparavant écrire une grande partie du code manuellement, il peut désormais déléguer certaines tâches à un modèle, puis consacrer davantage de temps à l’architecture, aux tests et à la validation.

Le phénomène est souvent associé au vibe coding, une expression désignant une approche du développement dans laquelle l’utilisateur décrit le résultat souhaité en langage naturel et s’appuie sur l’IA pour générer le programme.

Mais le projet de Thomas montre aussi les limites de cette expression. Un logiciel complexe ne se résume pas à une interface qui semble fonctionner. Il doit gérer des cas particuliers, préserver les données, rester performant et éviter les régressions à chaque mise à jour.

C’est précisément là que l’expérience du développeur intervient. L’IA peut produire du code à grande vitesse, mais elle ne garantit pas automatiquement que ce code soit correct, cohérent ou prêt pour un usage professionnel.

Cette évolution rejoint les transformations plus larges que nous observons dans l’intelligence artificielle, notamment dans notre article consacré aux agents IA et à la blockchain, lorsque les machines deviennent des acteurs économiques.

Peut-on vraiment remplacer Photoshop dès aujourd’hui ?

C’est la question la plus importante pour les utilisateurs.

Photoshop ne se limite pas à ses menus, ses pinceaux ou ses calques. Le logiciel s’appuie sur des décennies de développement, une gestion avancée des couleurs, des outils de sélection précis, des fonctions de retouche complexes et un vaste écosystème professionnel.

Il faut également compter avec les habitudes de travail, les extensions, les automatisations et les échanges de fichiers entre équipes.

Les premières versions de PhotoCraft peuvent convenir à des essais, à des retouches simples ou à la découverte d’une alternative gratuite. En revanche, un photographe professionnel ou un graphiste qui dépend quotidiennement de fichiers complexes doit vérifier la compatibilité et la stabilité du logiciel avant de l’intégrer à son activité.

Des essais indépendants publiés en octobre 2026 soulignent d’ailleurs plusieurs limites des applications ArtCraft, notamment sur certaines fonctions avancées, la précision des outils et la maturité générale du code. Creative Bloq estime que ces outils restent encore loin de pouvoir remplacer systématiquement les applications Adobe.

La différence entre un prototype convaincant et un logiciel professionnel fiable demeure donc considérable.

Pour ceux qui souhaitent découvrir d’autres approches de la création numérique, il est également utile de suivre l’évolution des outils de génération d’images et de vidéos par IA. Ces technologies transforment non seulement la production de contenus, mais aussi les logiciels utilisés pour les modifier.

Le modèle économique d’Adobe est-il menacé ?

Le projet ArtCraft touche directement au modèle économique des éditeurs de logiciels professionnels.

Adobe s’appuie sur les abonnements pour financer le développement continu de ses applications, ses infrastructures, son support technique et ses services en ligne. Ce modèle fournit des revenus récurrents, mais peut devenir coûteux pour les utilisateurs occasionnels ou les indépendants qui n’ont besoin que de quelques fonctions.

Une alternative gratuite et open source propose une logique différente : le logiciel peut être téléchargé et utilisé sans abonnement obligatoire, tandis que les contributions de la communauté participent à son évolution.

Cela ne signifie pas que le modèle d’Adobe va disparaître. Les entreprises et les professionnels peuvent continuer à payer pour la stabilité, les fonctions avancées, l’intégration entre applications, le support et les services associés.

En revanche, l’IA réduit le coût initial nécessaire pour créer une application concurrente. Des développeurs ou de petites équipes peuvent désormais s’attaquer à des marchés autrefois réservés aux entreprises disposant de ressources importantes.

ArtCraft illustre cette nouvelle concurrence. Pour les éditeurs historiques, la question ne sera pas uniquement de savoir si leurs logiciels peuvent être copiés, mais aussi de démontrer la valeur ajoutée de leurs produits face à des alternatives qui progressent rapidement.

Le code généré par IA soulève aussi des questions juridiques

Reproduire les fonctionnalités générales d’un logiciel ne revient pas nécessairement à copier son code source. La situation juridique dépend cependant de nombreux facteurs : droit d’auteur, brevets, marques, présentation visuelle et éventuelles licences.

Le fait qu’un projet soit présenté comme une réimplémentation indépendante ne constitue pas, à lui seul, une garantie juridique absolue.

Il faudra donc observer comment ArtCraft évolue, notamment si les applications gagnent en popularité et commencent à concurrencer plus directement les logiciels commerciaux.

Pour les utilisateurs, une autre précaution est importante : télécharger les applications depuis les dépôts officiels, vérifier les versions et éviter de confier des documents sensibles à un logiciel encore expérimental sans avoir évalué sa sécurité.

Une nouvelle étape pour le développement logiciel

L’histoire de Brandon Thomas montre que l’intelligence artificielle peut accélérer fortement la création de logiciels ambitieux, à condition d’être associée à une expertise technique réelle.

PhotoCraft n’est pas encore l’équivalent complet de Photoshop, mais il démontre que la création d’outils complexes devient plus accessible. Une petite équipe peut désormais explorer plusieurs marchés en parallèle, tester rapidement des idées et publier des prototypes qui auraient demandé beaucoup plus de temps auparavant.

La prochaine étape sera décisive : corriger les bugs, améliorer la compatibilité, renforcer la sécurité et gagner la confiance des utilisateurs.

C’est à ce moment que l’on saura si ArtCraft restera une démonstration impressionnante du potentiel de l’IA ou deviendra une véritable famille de logiciels capables de s’installer durablement dans les usages.

À propos de l’auteur

Je suis Adrien Hassler, créateur d’AdrienTech, un média consacré à l’intelligence artificielle, aux nouvelles technologies, aux sciences, à l’astronomie et à la blockchain. Passionné par l’innovation, j’explore les technologies qui transforment notre environnement numérique et scientifique, avec l’envie de continuer à décrypter les innovations qui façonnent notre avenir.

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