Data centers IA : la France et la Suisse accélèrent

Data centers et intelligence artificielle en France et en Suisse
La France et la Suisse développent de nouvelles infrastructures pour répondre aux besoins croissants de l’intelligence artificielle.

La guerre des data centers : pourquoi la Suisse et la France veulent construire le cloud de demain

L’intelligence artificielle ne fonctionne pas uniquement avec des algorithmes et des GPU. Derrière ChatGPT, les assistants IA, les services cloud et les applications que nous utilisons chaque jour, il faut une infrastructure physique capable de fournir énormément de calcul et d’électricité.

Et cette infrastructure est en pleine expansion.

En France comme en Suisse, de nouveaux data centers sont actuellement construits ou planifiés. Mais les deux pays n’abordent pas cette course de la même manière.

La France mise gros sur les data centers IA

La France veut clairement devenir l’un des grands pôles européens de l’infrastructure IA.

Le projet le plus spectaculaire est actuellement celui de Data4 à Escaudain, dans les Hauts-de-France. L’entreprise prévoit d’investir 5 milliards d’euros dans un campus de data centers installé sur une ancienne friche industrielle. Le site pourrait atteindre environ 700 MW de capacité. (DATA4 – Smart Data Centers at Scale)

Mais ce projet n’est pas isolé.

En mai 2026, SoftBank a annoncé son intention de développer jusqu’à 5 GW de capacité de data centers dédiés à l’IA en France, pour un investissement pouvant atteindre 75 milliards d’euros. Une première phase de 45 milliards d’euros doit notamment concerner les Hauts-de-France. (ソフトバンクグループ株式会社)

L’objectif est clair : disposer en Europe de capacités de calcul suffisamment importantes pour entraîner et faire fonctionner les prochaines générations de modèles d’intelligence artificielle.

La France bénéficie pour cela d’un avantage important : une électricité relativement abondante et un parc de production largement décarboné, notamment grâce au nucléaire.

La Suisse avance plus discrètement

La Suisse ne cherche pas forcément à construire des « méga-campus » de plusieurs gigawatts, mais son infrastructure de data centers continue elle aussi de progresser.

À Lupfig, dans le canton d’Argovie, Green construit actuellement un quatrième data center sur son campus ZRH1. Le bâtiment doit entrer en service début 2027 et offrir 5 526 m² de surface informatique.

Le projet est particulièrement intéressant sur le plan énergétique : Green prévoit une alimentation à 100 % renouvelable, du free cooling et surtout la récupération de la chaleur produite par les serveurs pour alimenter un réseau de chauffage local. (green.ch)

Green indique également vouloir continuer à augmenter fortement ses capacités en Suisse, notamment sur ses différents campus autour de Zurich. (green.ch)

La Suisse possède donc elle aussi un marché du data center en pleine croissance, notamment grâce à la demande des entreprises, du cloud et des infrastructures numériques.

Mais l’électricité devient le véritable problème

Construire un data center est une chose.

L’alimenter pendant plusieurs décennies en est une autre.

Selon une étude publiée par la Confédération en mai 2026, les data centers suisses ont consommé 2,1 TWh d’électricité en 2024, soit environ 3,6 % de la consommation électrique du pays.

Cette consommation pourrait atteindre 2,5 à 3,2 TWh en 2030, avec un scénario maximal pouvant aller jusqu’à 3,5 TWh. (hepa.admin.ch)

Et la situation pourrait évoluer encore plus rapidement si la Suisse commence à accueillir davantage d’infrastructures spécifiquement conçues pour l’intelligence artificielle.

L’étude souligne d’ailleurs qu’en Suisse, les grands centres existants sont encore principalement orientés vers le cloud et que le pays n’héberge pas encore de grands centres dédiés à l’entraînement des modèles de langage. (hepa.admin.ch)

C’est une différence importante avec la France, qui cherche déjà à attirer des infrastructures de calcul IA de très grande taille.

Pourquoi les data centers deviennent-ils aussi gros ?

L’explication tient principalement à l’évolution de l’IA.

Un data center traditionnel peut héberger des serveurs pour du stockage, du cloud, des applications professionnelles ou des sites Internet.

Un data center conçu pour l’IA doit pouvoir accueillir des milliers de GPU, reliés entre eux par des réseaux extrêmement rapides.

Ces machines consomment beaucoup d’électricité et produisent énormément de chaleur.

Le refroidissement devient donc presque aussi important que les serveurs eux-mêmes.

Nous avions déjà abordé cette transformation dans notre article consacré à l’explosion énergétique des data centers provoquée par l’IA.

La course au refroidissement

C’est justement l’un des grands défis de cette nouvelle génération de data centers.

Refroidir des milliers de GPU nécessite de nouvelles technologies : refroidissement liquide, free cooling, récupération de chaleur ou encore immersion.

Certaines entreprises explorent même des solutions beaucoup plus radicales.

Nous avions consacré un article aux data centers sous-marins et à leur potentiel pour l’IA.

L’idée paraît futuriste, mais elle répond à un problème très concret : comment évacuer efficacement la chaleur produite par des infrastructures informatiques toujours plus puissantes ?

France contre Suisse : deux stratégies différentes

La comparaison est intéressante.

La France cherche à devenir un grand territoire européen du calcul IA, avec des investissements gigantesques et des infrastructures capables d’atteindre plusieurs centaines de mégawatts, voire plusieurs gigawatts.

La Suisse mise davantage sur la qualité de ses infrastructures, la stabilité du réseau, la sécurité, la proximité des entreprises et l’efficacité énergétique.

Mais les deux pays sont confrontés au même problème : l’énergie devient une infrastructure stratégique de l’intelligence artificielle.

L’Union européenne elle-même accélère dans cette direction avec son programme d’AI Gigafactories, destiné à créer de gigantesques infrastructures européennes combinant processeurs IA, cloud, réseaux et capacités énergétiques. Ces installations pourraient intégrer plus de 100 000 processeurs IA avancés. (European Commission)

Une nouvelle bataille industrielle

Cette course aux data centers dépasse donc largement le secteur informatique.

Elle concerne désormais l’électricité, les réseaux haute tension, le foncier, le refroidissement, l’eau, les semi-conducteurs et même l’aménagement du territoire.

C’est d’ailleurs une tendance que l’on observe déjà en Europe : les nouveaux projets de data centers cherchent de plus en plus des terrains éloignés des grandes villes, là où l’électricité et les infrastructures sont plus facilement disponibles. (Reuters)

La géographie du numérique est en train de changer.

Pendant des années, Internet semblait presque immatériel.

Aujourd’hui, on découvre l’envers du décor : derrière chaque requête IA, chaque vidéo et chaque service cloud se trouvent des bâtiments gigantesques, des kilomètres de câbles, des systèmes de refroidissement et une quantité considérable d’électricité.

La prochaine bataille technologique ne se jouera donc pas uniquement sur les meilleurs modèles d’IA.

Elle se jouera aussi sur une question beaucoup plus terre à terre :

Qui aura suffisamment d’électricité, de terrains et de puissance informatique pour faire fonctionner l’IA de demain ?

À propos de l’auteur

Adrien Hassler est le créateur d’AdrienTech, un média consacré à l’intelligence artificielle, aux nouvelles technologies, aux sciences, à l’astronomie et à la blockchain. Il s’intéresse aux innovations qui transforment progressivement notre environnement numérique et scientifique, avec une approche accessible, documentée et indépendante.

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