
Data centers sous-marins : pourquoi l’IA pourrait accélérer leur développement
L’explosion de l’intelligence artificielle oblige les entreprises technologiques à revoir leurs infrastructures. Les modèles d’IA nécessitent toujours plus de puissance de calcul, mais aussi davantage d’électricité et de systèmes de refroidissement.
Dans cette course à la puissance, une technologie qui semblait encore expérimentale il y a quelques années revient sur le devant de la scène : les data centers sous-marins.
Le principe est simple : installer des serveurs dans des modules hermétiques immergés dans la mer afin de profiter de l’environnement marin pour évacuer la chaleur.
L’IA pose un nouveau problème : la chaleur
Les processeurs utilisés pour l’intelligence artificielle, notamment les GPU, concentrent une quantité considérable de puissance de calcul dans des espaces relativement réduits. Cette densité augmente mécaniquement la chaleur à évacuer.
Le refroidissement devient donc l’un des grands défis des infrastructures IA.
Nous avons déjà abordé cette problématique dans notre article consacré à l’explosion des besoins énergétiques des data centers face à l’IA : l’intelligence artificielle face au mur énergétique des data centers.
Sous l’eau, l’approche est différente. Les modules informatiques peuvent utiliser l’eau de mer comme élément de refroidissement, ce qui limite le recours à des systèmes de climatisation traditionnels.
Shanghai transforme l’expérience en projet commercial
Le concept n’est plus uniquement théorique.
En mai 2026, un data center sous-marin situé au large de Shanghai est entré en exploitation. Le projet de Lingang est directement alimenté par de l’électricité provenant de l’éolien offshore et doit atteindre à terme une capacité de 24 MW. Sa première phase représente 2,3 MW. (Shanghai International Services)
Le système utilise également l’eau de mer pour son refroidissement. Selon les autorités de Shanghai, cette architecture permettrait de réduire la consommation électrique liée au refroidissement de 22,8 %, tout en supprimant l’utilisation d’eau douce pour cette fonction. (Shanghai International Services)
Les informations officielles de Shanghai sur le projet
Cette combinaison est particulièrement intéressante pour l’avenir de l’IA : produire de l’électricité renouvelable en mer, l’acheminer directement vers une infrastructure informatique et utiliser l’environnement marin pour évacuer la chaleur.
Microsoft avait déjà testé les serveurs sous la mer
L’idée n’est cependant pas nouvelle.
Avec son Project Natick, Microsoft avait installé un véritable module informatique sous la mer afin d’étudier la faisabilité de cette technologie.
Le projet avait notamment permis de tester 864 serveurs pendant environ deux ans. Les résultats avaient été particulièrement intéressants : le taux de défaillance des serveurs immergés était environ huit fois inférieur à celui du groupe de contrôle installé à terre. (Microsoft)
Microsoft Research – Project Natick
L’environnement hermétique et rempli d’azote, l’absence de variations importantes de température et surtout l’absence d’intervention humaine permanente pourraient expliquer une partie de cette différence.
Le projet a toutefois montré que la technologie était techniquement possible, sans pour autant démontrer qu’elle pouvait remplacer économiquement les data centers terrestres à grande échelle.
Le principal avantage pourrait être l’efficacité énergétique
L’intérêt des data centers sous-marins ne repose donc pas uniquement sur le fait de « mettre des serveurs dans l’eau ».
L’objectif est de concevoir une infrastructure dans laquelle production d’énergie, calcul informatique et refroidissement fonctionnent ensemble.
C’est précisément ce que cherche à faire le projet de Shanghai. Le data center est implanté en mer, à proximité des infrastructures d’énergie offshore, tandis que l’eau de mer participe directement au refroidissement. Plus de 95 % de son électricité provient de sources renouvelables selon les autorités locales. (Shanghai International Services)
Cette approche pourrait devenir particulièrement intéressante dans les régions où les data centers terrestres sont confrontés à des problèmes de foncier, d’accès à l’électricité ou de disponibilité de l’eau.
Mais la maintenance reste un obstacle majeur
Il existe toutefois une différence fondamentale entre un data center terrestre et une infrastructure située au fond de la mer.
Sur terre, un technicien peut intervenir rapidement sur un serveur défaillant. Sous l’eau, chaque opération devient beaucoup plus complexe.
Il faut donc concevoir des systèmes extrêmement fiables, capables de fonctionner longtemps sans intervention humaine.
C’est justement l’un des enseignements intéressants de Project Natick : la fiabilité des serveurs immergés avait été meilleure que celle du groupe terrestre. Mais cela ne résout pas la question de la maintenance lorsque le matériel doit réellement être remplacé ou modernisé. (Microsoft)
L’avenir du cloud pourrait-il être partiellement sous l’eau ?
Il serait prématuré d’imaginer que les grands acteurs de l’IA vont prochainement déplacer leurs immenses infrastructures au fond des océans.
Les data centers sous-marins ont encore des contraintes importantes : maintenance, déploiement, câbles, pression, corrosion, sécurité et coûts logistiques.
Mais l’augmentation rapide des besoins en calcul pourrait changer l’équation économique.
L’IA pousse aujourd’hui les industriels à rechercher des solutions capables de fournir davantage de puissance de calcul tout en limitant la consommation d’énergie et les besoins en refroidissement.
Dans ce contexte, l’océan devient un environnement particulièrement intéressant.
Après avoir été une expérience menée par Microsoft, les data centers sous-marins commencent donc à prendre une autre dimension. Le projet de Shanghai montre qu’ils peuvent désormais être associés à une infrastructure énergétique renouvelable et à des applications de calcul modernes. (Shanghai International Services)
Le véritable enjeu ne sera peut-être pas de savoir si les data centers doivent être construits sous l’eau ou sur terre, mais quelle combinaison d’infrastructures permettra de fournir suffisamment de puissance à l’intelligence artificielle sans faire exploser les besoins en énergie, en eau et en espace.
Pour approfondir le sujet, retrouvez également notre premier article consacré aux data centers sous-marins et à l’avenir du cloud.
À propos de l’auteur
Adrien Hassler est le créateur d’AdrienTech, un média consacré à l’intelligence artificielle, aux nouvelles technologies, aux sciences, à l’astronomie et à la blockchain. Il s’intéresse aux innovations qui transforment notre environnement numérique et scientifique, avec une approche accessible et documentée.
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