
BlackRock et JPMorgan accélèrent dans la blockchain : pourquoi Wall Street mise sur la tokenisation
La blockchain n’est plus seulement un terrain d’expérimentation pour les entreprises crypto.
Depuis plusieurs mois, les grands acteurs de Wall Street commencent à l’utiliser pour des produits financiers bien réels. BlackRock et JPMorgan figurent parmi les acteurs les plus actifs de cette transformation, avec des fonds monétaires tokenisés, des infrastructures de paiement et désormais des portefeuilles d’investissement accessibles directement sous forme de tokens.
Le mouvement est important car il montre que l’intérêt des institutions financières se déplace progressivement : il ne s’agit plus uniquement d’investir dans les cryptomonnaies, mais d’utiliser la technologie blockchain comme nouvelle infrastructure financière.
BlackRock : des fonds traditionnels directement sur la blockchain
BlackRock a accéléré son développement dans la tokenisation en 2026.
En août, le gestionnaire d’actifs a lancé en Europe des classes de parts tokenisées de plusieurs fonds monétaires de sa gamme Institutional Cash Series.
Ces produits représentent au total environ 311 milliards de dollars d’actifs sous gestion. Les parts tokenisées sont émises sur la blockchain Ethereum et utilisent l’infrastructure de tokenisation Kinexys de JPMorgan. BlackRock
L’idée est importante à comprendre : BlackRock ne transforme pas les actifs du fonds en une nouvelle cryptomonnaie.
Les investisseurs restent exposés aux mêmes fonds monétaires traditionnels. Le token représente simplement leur participation au fonds et permet de déplacer cette représentation sur une infrastructure blockchain. BlackRock précise que le registre officiel des actionnaires reste géré par l’infrastructure traditionnelle du fonds. BlackRock
La blockchain apporte alors plusieurs fonctionnalités supplémentaires :
- transferts entre investisseurs autorisés 24 heures sur 24 ;
- visibilité des positions directement on-chain ;
- transferts programmables grâce aux smart contracts ;
- utilisation potentielle comme collatéral ;
- gestion plus automatisée de la liquidité.
BlackRock a également lancé aux États-Unis des produits monétaires tokenisés, dont BSTBL et BRSRV, conçus pour combiner les caractéristiques des fonds monétaires réglementés avec une infrastructure blockchain. BlackRock
Et BlackRock va encore plus loin avec Ondo
L’actualité la plus récente montre que la stratégie ne se limite plus aux fonds monétaires.
Le 24 septembre 2026, Ondo Finance a lancé Ondo Intelligent Portfolios, une série de portefeuilles d’investissement entièrement représentés par des tokens.
Les trois premiers portefeuilles utilisent des stratégies développées par BlackRock pour Ondo. Ils combinent différentes classes d’actifs, notamment actions, obligations et actifs numériques. Ondo Finance
Un exemple particulièrement intéressant est le portefeuille Ondo High Growth Powered by BlackRock, dont la composition comprend actuellement une exposition aux actions américaines et internationales, à la technologie et aux actifs numériques. Ondo
On voit donc apparaître une nouvelle étape :
BlackRock ne se contente plus de mettre certains fonds sur la blockchain. Ses stratégies d’investissement commencent elles aussi à être utilisées dans des produits financiers tokenisés.
JPMorgan construit les rails
JPMorgan suit une logique légèrement différente.
La banque développe depuis plusieurs années Kinexys, son infrastructure blockchain destinée aux paiements, à la tokenisation et au règlement d’actifs.
Selon JPMorgan, Kinexys avait traité plus de 4 000 milliards de dollars de transactions depuis son lancement et environ 7 milliards de dollars par jour en septembre 2026. JPMorgan
La banque utilise notamment cette infrastructure pour :
- les paiements institutionnels ;
- les dépôts tokenisés ;
- les fonds monétaires tokenisés ;
- le règlement d’actifs ;
- la gestion du collatéral ;
- certaines opérations de change ;
- les émissions et transferts d’actifs numériques.
JPMorgan explique notamment que ses infrastructures permettent des transferts quasi instantanés, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, ainsi que des opérations de change directement on-chain. JPMorgan
JPMorgan investit aussi directement dans ses propres produits
En mai 2026, JPMorgan Asset Management a lancé JPMorgan OnChain Liquidity-Token Money Market Fund, ou JLTXX, sur Ethereum.
Au lancement, JPMorgan Asset Management a investi 100 millions de dollars dans ce fonds. Le produit investit dans des titres du Trésor américain et vise notamment à fournir une infrastructure de liquidité compatible avec l’écosystème des stablecoins. J.P. Morgan
Ce point est particulièrement intéressant.
JPMorgan n’utilise donc pas uniquement la blockchain pour expérimenter une technologie : la banque met elle-même du capital dans un produit financier construit autour de cette infrastructure.
À quoi sert réellement la blockchain ?
C’est probablement la question la plus importante.
Pourquoi une banque ou un gestionnaire d’actifs aurait-il besoin de mettre un fonds traditionnel sur Ethereum ?
La réponse n’est pas forcément « parce que la blockchain est plus rapide ».
Son intérêt se trouve plutôt dans la possibilité de programmer et automatiser certaines opérations financières.
Prenons un fonds monétaire traditionnel.
Un investisseur possède une part du fonds. Cette part est enregistrée dans différents systèmes : gestionnaire, dépositaire, registre, intermédiaires, banque, etc.
Avec une représentation tokenisée, une partie de cette infrastructure peut être connectée directement à une blockchain.
Un token peut alors être transféré, vérifié ou utilisé dans un processus automatisé par un smart contract.
Cela ouvre notamment la possibilité d’utiliser des actifs tokenisés comme collatéral, d’améliorer la circulation de la liquidité et de réduire certains délais opérationnels. JPMorgan identifie précisément ces usages parmi les applications les plus intéressantes de la tokenisation. JPMorgan
La blockchain devient une infrastructure financière
C’est probablement le changement le plus important.
Pendant longtemps, la blockchain a surtout été présentée comme une nouvelle classe d’actifs.
Bitcoin, Ethereum, stablecoins, DeFi…
Mais les expérimentations de BlackRock et JPMorgan montrent une autre direction :
la blockchain peut devenir une infrastructure utilisée par la finance traditionnelle elle-même.
Un fonds monétaire reste un fonds monétaire.
Une obligation reste une obligation.
Un titre du Trésor américain reste un titre du Trésor américain.
La différence se trouve dans la manière dont la propriété et les opérations sont représentées et exécutées.
JPMorgan résume d’ailleurs cette évolution comme un passage d’une logique centrée sur les actifs crypto vers une logique davantage centrée sur les infrastructures et les « rails » financiers. JPMorgan
Un marché qui rejoint celui des RWA
Cette évolution est directement liée au développement des Real World Assets, ou RWA.
La tokenisation permet progressivement de représenter sur une blockchain des actifs qui existaient auparavant dans les infrastructures financières traditionnelles.
Fonds monétaires, obligations, actions, crédit ou actifs privés peuvent ainsi devenir des actifs numériques programmables.
J’ai consacré un article complet à cette transformation :
RWA : la tokenisation des actifs réels entre dans une nouvelle phase
Et les cryptomonnaies dans tout ça ?
C’est là que la situation devient particulièrement intéressante.
BlackRock et JPMorgan ne remplacent pas nécessairement la finance traditionnelle par Bitcoin ou Ethereum.
Ils utilisent plutôt certaines caractéristiques des blockchains publiques, notamment Ethereum, pour améliorer les infrastructures existantes.
Les cryptomonnaies peuvent néanmoins devenir une composante de ces nouveaux écosystèmes.
Le portefeuille BlackRock développé pour Ondo, par exemple, intègre actuellement une petite allocation aux actifs numériques. Ondo
Les stablecoins jouent également un rôle important, puisqu’ils peuvent servir de moyen de règlement sur ces nouvelles infrastructures.
La frontière entre finance traditionnelle, actifs numériques et blockchain devient donc progressivement moins nette.
Wall Street construit progressivement une finance on-chain
Le mouvement actuel ne ressemble plus aux premières expérimentations blockchain des banques.
Les projets commencent à toucher des produits financiers existants, des milliards de dollars d’actifs et des infrastructures utilisées par des institutions.
BlackRock apporte ses fonds, ses stratégies d’investissement et ses capacités de gestion d’actifs.
JPMorgan développe les rails blockchain permettant de transférer, régler et tokeniser ces actifs.
D’autres acteurs comme Ondo construisent les interfaces permettant de rendre ces produits accessibles dans l’univers on-chain.
La prochaine étape pourrait donc être moins spectaculaire que l’arrivée d’une nouvelle cryptomonnaie, mais beaucoup plus structurante :
une partie de la finance traditionnelle pourrait progressivement fonctionner sur des infrastructures blockchain sans que l’utilisateur final ait nécessairement conscience d’utiliser une blockchain.
À propos de l’auteur
Je suis Adrien Hassler, créateur d’AdrienTech, un média consacré à l’intelligence artificielle, aux nouvelles technologies, aux sciences, à l’astronomie et à la blockchain. Passionné par l’innovation, j’explore les technologies qui transforment notre environnement numérique et scientifique, avec l’envie de continuer à apprendre, de comprendre et de partager mes découvertes de manière accessible et documentée.