Terafab : Elon Musk veut fabriquer ses propres puces — et Intel vient de rejoindre l’aventure

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Il y a des annonces qui sonnent comme de la science-fiction et qui sont pourtant réelles. Le 21 mars 2026, Elon Musk est monté sur scène dans une ancienne centrale électrique désaffectée d’Austin, au Texas, pour lancer officiellement Terafab — un projet de fabrication de semi-conducteurs réunissant Tesla, SpaceX et xAI. L’objectif affiché : produire 1 térawatt de puissance de calcul par an. Pour contextualiser, l’ensemble de l’industrie mondiale des semi-conducteurs produit aujourd’hui environ 20 gigawatts par an. Terafab vise cinquante fois ce chiffre. Seul.

Deux semaines plus tard, le 7 avril, Intel a annoncé rejoindre le projet. Ce détail change tout — et révèle ce que Terafab est vraiment.

Ce que Terafab est censé faire

La promesse centrale de Terafab, telle que Musk l’a formulée le soir du lancement, tient en une phrase : « Nous fabriquons une puce, nous la testons, nous révisons le masque, et nous recommençons — sans jamais expédier de wafers entre différents sites. » C’est la prétention à une intégration verticale totale, sans précédent dans l’industrie. Logic, mémoire, packaging, test et production de masques de lithographie sous un seul toit, sur le campus nord de Giga Texas.

L’objectif déclaré est de produire deux types de puces. D’abord des puces d’inférence en périphérie, destinées aux véhicules Tesla et aux robots humanoïdes Optimus — la puce AI5 de Tesla serait parmi les premiers produits visés, avec une petite production en 2026 et un volume en 2027. Ensuite des puces D3, conçues spécifiquement pour des satellites IA en orbite. Car Musk a précisé que 80 % de la puissance de calcul produite par Terafab serait destinée à l’espace. L’argument technique : l’irradiance solaire dans l’espace est cinq fois supérieure à celle en surface terrestre, et le refroidissement dans le vide facilite la dissipation thermique. Des data centers orbitaux, alimentés par panneaux solaires, lancés par Starship.

La technologie visée est le nœud 2 nanomètres — le plus avancé actuellement en entrée de production commerciale chez TSMC et Samsung. Le budget annoncé : entre 20 et 25 milliards de dollars.

Intel rejoint le projet — et tout s’éclaire

Quand Intel a annoncé son ralliement le 7 avril avec la formule « notre capacité à concevoir, fabriquer et packager des puces ultra-haute performance à grande échelle aidera à accélérer l’objectif de Terafab de produire 1 TW/an », la réalité du projet est apparue clairement pour les analystes du secteur. Ce n’est pas Tesla qui va construire une usine de semi-conducteurs en partant de zéro. C’est Intel qui va faire fonctionner la fab — avec les entreprises de Musk comme clients ancres.

C’est la lecture qu’Electrek a formulée sans détour : Terafab est un accord de capacité déguisé en moonshot Tesla. Intel apporte la technologie de procédé, l’expertise en équipements et le packaging. Tesla, SpaceX et xAI apportent la demande et, vraisemblablement, une large part du capital. Pour Intel Foundry — la division de fabrication pour compte de tiers qu’Intel tente de développer depuis plusieurs années — c’est exactement le type de client ancre qu’elle cherchait depuis que le PDG Pat Gelsinger a lancé la stratégie IDM 2.0. Intel a perdu 10,3 milliards de dollars sur sa division fonderie en 2025. Un contrat avec Tesla, SpaceX et xAI change le récit.

Pour les entreprises de Musk, l’intérêt est différent. Tesla a déjà signé un accord de 16,5 milliards de dollars avec Samsung pour la puce AI6, et entretient une relation avec TSMC pour l’AI5. Terafab lui ajoute un troisième fournisseur — et permet de raconter une histoire d’indépendance souveraine en matière de semi-conducteurs dans un contexte géopolitique où la dépendance à Taiwan TSMC est perçue comme un risque stratégique majeur.

L’ambition spatiale — et les questions qu’elle pose

L’aspect le plus spectaculaire — et le plus contesté — de l’annonce est la vision des data centers orbitaux. Musk a expliqué que les actuelles installations terrestres représentent seulement 2 % de ce que Tesla et SpaceX auront besoin pour leurs projets cumulés. D’où la nécessité de construire Terafab, et d’y consacrer 80 % de la production à des satellites IA.

Cette partie de la présentation a été accueillie avec un scepticisme marqué par plusieurs analystes et ingénieurs du secteur. Bernstein a estimé que si Terafab devait réellement atteindre ses objectifs déclarés, le projet pourrait coûter jusqu’à 5 000 milliards de dollars — soit 200 fois le budget annoncé. Les comparaisons avec Battery Day 2020 sont nombreuses dans la presse spécialisée : un événement où Musk avait promis une révolution de la fabrication des batteries, dont les délais ont glissé de plusieurs années et dont les ambitions ont été significativement revues à la baisse.

La CFO de Tesla a par ailleurs reconnu que le coût total de Terafab — estimé à 20-25 milliards — n’est pas encore intégré dans le plan de dépenses record de Tesla pour 2026, qui dépasse déjà 20 milliards. Ce qui signifie que si le projet se concrétise à l’échelle annoncée, la facture totale de Tesla en 2026 pourrait doubler.

Pourquoi ce projet arrive maintenant

La question n’est pas de savoir si Terafab est un pari raisonnable au sens conventionnel du terme. Ce n’en est clairement pas un. C’est quelque chose de plus rare et de plus difficile à évaluer avec les outils habituels de l’analyse industrielle : une vision à long terme portée par quelqu’un qui a déjà transformé plusieurs industries simultanément, en commençant toujours par des annonces que le consensus jugeait irréalistes.

On a dit que les voitures électriques de masse étaient impossibles. Tesla les a faites. On a dit que les fusées réutilisables étaient une chimère. SpaceX les fait voler. On a dit qu’un accès internet mondial par satellite ne tenait pas la route économiquement. Starlink compte aujourd’hui plusieurs millions d’abonnés. L’histoire récente de Musk n’est pas celle d’un entrepreneur qui promet et déçoit — c’est celle d’un entrepreneur qui promet l’impossible, prend du retard sur ses calendriers, et finit par livrer quelque chose que personne d’autre n’aurait eu l’audace de tenter.

Terafab s’inscrit dans cette continuité. L’entrée d’Intel dans le projet apporte la crédibilité technique que les sceptiques réclamaient. Le problème que Terafab prétend résoudre — la souveraineté en matière de semi-conducteurs et la puissance de calcul pour l’IA spatiale — est réel, urgent, et sans solution évidente à ce jour. Que ce soit Elon Musk qui tente d’y répondre, avec l’ambition et l’inconfort que ça implique, n’est peut-être pas une surprise.

C’est peut-être exactement ce que ce moment de l’histoire technologique demandait.

Article rédigé le 26 avril 2026 par Adrien Hassler, passionné d’astronomie, d’IA et de nouvelles technologies, et créateur d’AdrienTech.com

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