
Allons-y. Je te propose de ne pas faire un simple article “les banques lancent des stablecoins”, mais de prendre un angle plus intéressant : les banques qui combattaient les stablecoins commencent maintenant à vouloir les utiliser elles-mêmes.
L’actualité est particulièrement fraîche : JPMorgan étudie le lancement d’un stablecoin, tandis que plusieurs groupes bancaires travaillent sur des infrastructures communes. En parallèle, la BIS vient justement de publier une analyse beaucoup plus prudente sur les stablecoins et leur rôle potentiel dans les paiements. (The Wall Street Journal)
Les banques veulent leurs propres stablecoins : la blockchain entre dans une nouvelle bataille
Longtemps méfiantes envers les cryptomonnaies, les grandes banques commencent désormais à s’intéresser directement aux stablecoins. JPMorgan et plusieurs consortiums bancaires explorent de nouvelles solutions de paiement basées sur la blockchain.
Par Adrien Hassler
Pendant longtemps, les banques ont considéré les stablecoins comme une menace pour leur activité.
Aujourd’hui, la situation est en train de changer.
Alors que les stablecoins comme USDC et USDT continuent de progresser, plusieurs grandes banques américaines étudient désormais la possibilité de lancer leurs propres monnaies numériques indexées sur le dollar. JPMorgan, notamment, serait en train d’évaluer le lancement d’un stablecoin destiné à compléter ses infrastructures blockchain existantes. (The Wall Street Journal)
Le mouvement dépasse cependant JPMorgan. Plus d’une douzaine de grandes banques travailleraient également sur une initiative commune autour des stablecoins, tandis que de nombreuses banques américaines plus petites se regroupent autour de la BankChain Alliance, avec l’objectif de développer une infrastructure blockchain commune. (The Wall Street Journal)
Pourquoi les banques changent-elles d’avis ?
La réponse est assez simple : les stablecoins commencent à devenir une infrastructure de paiement.
Un stablecoin est un actif numérique conçu pour conserver une valeur stable, généralement en étant indexé sur une monnaie comme le dollar.
Contrairement au Bitcoin ou à l’Ether, son objectif principal n’est donc pas la spéculation.
Il peut servir à transférer de la valeur rapidement, 24 heures sur 24, sur une blockchain.
JPMorgan lui-même reconnaît l’importance croissante de cette technologie. Dans une analyse publiée par sa division Global Research, la banque souligne notamment le potentiel des stablecoins pour les paiements internationaux et les transferts de valeur entre entreprises. (JPMorgan)
La blockchain devient une infrastructure bancaire
Cette évolution est particulièrement intéressante car elle confirme une tendance que nous observons depuis plusieurs mois sur AdrienTech.
La blockchain n’est plus uniquement associée aux cryptomonnaies.
Elle devient progressivement une infrastructure de paiement et de règlement.
JPMorgan dispose déjà de Kinexys, son activité blockchain dédiée aux actifs numériques et à la tokenisation. L’infrastructure aurait traité plus de 4 000 milliards de dollars de transactions depuis son lancement. (JPMorgan)
La banque travaille également sur des fonds monétaires tokenisés fonctionnant directement sur Ethereum. (JPMorgan)
Autrement dit, le rapprochement entre finance traditionnelle et blockchain est déjà largement engagé.
Des banques qui rencontrent les agents IA
Cette transformation devient encore plus intéressante lorsqu’on la rapproche de l’évolution des agents IA.
Nous avons récemment évoqué sur AdrienTech les agents IA qui deviennent des clients et utilisent la blockchain pour payer des services.
Ces agents peuvent avoir besoin de données, d’API, de calcul ou d’autres services numériques.
Ils doivent donc pouvoir payer automatiquement.
C’est justement l’un des cas d’utilisation du protocole x402, qui permet aux agents IA de payer directement des ressources sur le Web.
Les stablecoins constituent alors un élément particulièrement intéressant de cette nouvelle économie.
L’IA décide.
Le stablecoin transporte la valeur.
La blockchain règle la transaction.
Et les banques commencent désormais à vouloir contrôler une partie de cette infrastructure.
Stablecoin ou dépôt bancaire tokenisé ?
Mais tout le monde ne partage pas cet enthousiasme.
La Banque des règlements internationaux (BIS) vient justement de publier une analyse consacrée aux stablecoins et aux dépôts bancaires tokenisés.
Son constat est beaucoup plus prudent : dans leur forme actuelle, les stablecoins ne rempliraient pas encore suffisamment certaines fonctions fondamentales de la monnaie, notamment en matière d’interopérabilité, de stabilité et d’intégrité financière. (Bank for International Settlements)
La BIS estime plutôt que les dépôts bancaires tokenisés pourraient constituer une voie plus naturelle pour moderniser les paiements tout en conservant le rôle des banques dans le système financier. (Bank for International Settlements)
Le débat devient donc particulièrement intéressant.
D’un côté :
Stablecoins → blockchain publique → paiements programmables
De l’autre :
Dépôts tokenisés → banques → infrastructures réglementées
Et les deux modèles pourraient finalement coexister.
Une bataille pour contrôler le futur de l’argent
C’est probablement le véritable enjeu.
Les entreprises crypto ont commencé à construire l’infrastructure.
Les géants technologiques s’y intéressent.
Les agents IA pourraient bientôt devenir de nouveaux utilisateurs de ces systèmes.
Et maintenant, les banques veulent leur propre part du marché.
La situation est presque ironique : après avoir longtemps tenté de contenir les cryptomonnaies, les banques pourraient finalement contribuer à accélérer l’utilisation de la technologie blockchain.
La question n’est donc peut-être plus :
« Les banques vont-elles utiliser la blockchain ? »
Mais plutôt :
« Qui contrôlera les rails financiers de la prochaine génération ? »
Les banques, les entreprises crypto, les géants technologiques ou une combinaison des trois ?
Une chose est certaine : la bataille ne se joue plus uniquement autour du Bitcoin.
Elle se joue désormais autour de l’argent programmable.
Et les stablecoins pourraient bien en être l’une des premières briques.
À propos de l’auteur
Adrien Hassler est le créateur d’AdrienTech, un média consacré à l’intelligence artificielle, aux nouvelles technologies, aux sciences, à l’astronomie et à la blockchain. Il s’intéresse aux innovations qui transforment progressivement notre environnement numérique et scientifique, avec une approche accessible, documentée et indépendante.