
Solana veut finaliser les transactions en 150 millisecondes : comment Alpenglow change le consensus
Solana prépare l’une des évolutions les plus importantes de son architecture depuis sa création.
Son nom : Alpenglow.
L’objectif est spectaculaire sur le papier : faire passer le délai nécessaire pour considérer une transaction comme définitivement validée d’environ 12,8 secondes à 150 millisecondes. Alpenglow est actuellement déployé sur les réseaux de test publics de Solana, mais son lancement sur le réseau principal n’est pas encore programmé. Solana
Derrière ce chiffre se cache surtout une évolution beaucoup plus profonde : Solana veut changer la manière dont ses validateurs parviennent au consensus.
Finalité : pourquoi 150 millisecondes change beaucoup de choses
Lorsqu’une transaction est envoyée sur une blockchain, plusieurs étapes sont nécessaires avant qu’elle soit considérée comme définitive.
Il faut notamment que les validateurs du réseau se mettent d’accord sur l’ordre des transactions et sur le bloc auquel elles appartiennent.
C’est ce que l’on appelle le consensus.
Avec le système actuel de Solana, TowerBFT, les validateurs enregistrent leurs votes sous forme de transactions et un bloc devient final après l’accumulation de suffisamment de votes sur 32 slots, soit environ 12,8 secondes. Solana
Alpenglow veut supprimer cette longue succession de votes inscrits dans la blockchain.
L’objectif devient alors beaucoup plus simple :
transaction → consensus → finalité en quelques fractions de seconde.
Alpenglow remplace TowerBFT par Votor
Le cœur de la mise à jour s’appelle Votor.
Avec Votor, les validateurs communiquent directement leurs votes entre eux au lieu de les enregistrer comme des transactions dans les blocs.
Ces votes peuvent ensuite être regroupés dans un certificat de quorum, permettant de finaliser un bloc après une ou deux phases de vote.
La conséquence est importante : une partie du processus de consensus n’a plus besoin de passer par la même chaîne de traitement que les transactions des utilisateurs.
C’est ce découplage qui permet de réduire considérablement la latence.
La Solana Foundation présente ainsi Alpenglow comme un remplacement complet de la couche de consensus, tandis que l’exécution des transactions, les programmes, le SVM et les frais restent inchangés.
Ce que l’utilisateur verra réellement
Pour un utilisateur classique, la transition devrait être relativement invisible.
Son portefeuille ne change pas.
La manière de signer une transaction ne change pas.
Les applications Solana existantes continuent d’exécuter leurs transactions de la même façon.
La différence se situe surtout derrière l’écran.
Aujourd’hui, une application peut devoir attendre plusieurs secondes avant de considérer une transaction comme définitive.
Avec Alpenglow, l’objectif est de ramener cette attente à environ 0,15 seconde.
Pour un paiement, une plateforme d’échange ou une application financière, cela commence à ressembler davantage à l’expérience d’un système informatique classique qu’à celle d’une blockchain traditionnelle.
Pourquoi la finalité est importante
La vitesse d’affichage d’une transaction n’est pas le seul élément important.
Ce qui compte réellement, c’est le moment où le réseau garantit que la transaction ne peut plus être annulée.
Cette finalité est particulièrement importante pour les échanges, les ponts entre blockchains et les paiements.
Un exchange peut par exemple attendre la finalité avant de créditer définitivement un dépôt. Un bridge peut attendre la même confirmation avant de libérer des fonds sur une autre blockchain. Un commerçant peut vouloir attendre cette étape avant de considérer un paiement comme irréversible. CoinDesk
Passer d’une dizaine de secondes à quelques centaines de millisecondes pourrait donc modifier la manière dont certaines applications sont conçues.
Solana ne change pas seulement la vitesse
Alpenglow est intéressant parce qu’il intervient sur le consensus lui-même.
C’est différent d’une simple augmentation de la capacité du réseau.
Solana cherche à réduire le temps nécessaire pour que les validateurs se mettent d’accord, tout en conservant son modèle d’exécution actuel. La Foundation résume d’ailleurs le changement par une formule très simple : « consensus, rewritten. Execution, untouched. »
Cette distinction permet de comprendre pourquoi Alpenglow est important.
Solana ne cherche pas simplement à produire davantage de transactions.
Elle cherche à faire en sorte que la certitude sur ces transactions arrive beaucoup plus rapidement.
Un parallèle intéressant avec Ethereum
Cette évolution de Solana fait écho à un mouvement plus large dans l’univers blockchain.
Ethereum explore lui aussi une transformation profonde de son architecture. Dans notre précédent article, Ethereum veut devenir un « ordinateur cryptographique » : la vision de Vitalik pour 2030, nous expliquions la vision de Vitalik Buterin : davantage de calcul réalisé hors chaîne, puis vérifié grâce à des preuves cryptographiques.
Les deux projets ne poursuivent pas exactement la même approche.
Solana travaille notamment sur la vitesse du consensus et de la finalité. Ethereum réfléchit davantage à la manière de déplacer une partie du calcul tout en conservant une vérification cryptographique forte.
Mais le problème de fond est similaire : comment permettre à une infrastructure blockchain de faire davantage de choses sans sacrifier sa capacité à vérifier et sécuriser les opérations ?
Alpenglow ne sera pas seulement Votor
Alpenglow doit se déployer en plusieurs étapes.
La première phase repose sur Votor, qui remplace le mécanisme de vote de TowerBFT et vise la finalité autour de 150 millisecondes.
Une deuxième étape, encore non programmée, doit introduire Rotor.
Rotor doit remplacer le système Turbine utilisé pour diffuser les blocs dans le réseau par une nouvelle architecture de relais destinée à réduire encore la latence de propagation.
Autrement dit, les 150 millisecondes constituent une étape importante, mais pas nécessairement la fin de la feuille de route.
Un autre détail qui pourrait surprendre
Alpenglow va également modifier la manière dont certaines données de la blockchain sont comptabilisées.
Les votes des validateurs ne seront plus enregistrés comme des transactions classiques dans les blocs. Cela signifie que les outils qui comptent toutes les transactions Solana devront tenir compte de cette différence.
Un réseau pourrait donc afficher moins de transactions comptabilisées sans que cela signifie nécessairement que les utilisateurs réalisent moins d’activité. CoinDesk
C’est un bon rappel : les métriques blockchain doivent toujours être interprétées en fonction de l’architecture technique utilisée.
150 millisecondes : promesse ou réalité ?
Il faut toutefois garder une nuance importante.
150 millisecondes est un objectif de conception, pas encore une performance définitivement démontrée sur le réseau principal.
Alpenglow fonctionne actuellement sur les réseaux de test publics, où les développeurs et opérateurs peuvent vérifier son comportement avant une éventuelle intégration au mainnet. CoinDesk souligne que la cible de 150 ms doit encore être évaluée dans des conditions réelles sur le réseau principal. CoinDesk
Le passage du testnet au mainnet constitue donc une étape importante.
Vers une blockchain presque instantanée ?
Si Alpenglow atteint son objectif, Solana pourrait ramener la finalité à une échelle difficilement perceptible pour un utilisateur humain.
12,8 secondes → 150 millisecondes.
Ce changement ne transformerait pas seulement les performances affichées dans un benchmark. Il pourrait modifier l’expérience des paiements, des applications financières et des interactions entre blockchains.
Et surtout, Alpenglow montre une tendance qui dépasse Solana : les grandes blockchains cherchent désormais moins à reproduire exactement les modèles de leurs débuts qu’à repenser leurs architectures en profondeur.
Ethereum mise notamment sur les preuves cryptographiques et le calcul distribué.
Solana travaille sur un consensus beaucoup plus rapide.
Dans les deux cas, la prochaine génération de blockchains pourrait donc être très différente de celle que nous utilisons aujourd’hui.
À propos de l’auteur
Je suis Adrien Hassler, créateur d’AdrienTech, un média consacré à l’intelligence artificielle, aux nouvelles technologies, aux sciences, à l’astronomie et à la blockchain. Passionné par l’innovation, j’explore les technologies qui transforment notre environnement numérique et scientifique, avec l’envie de continuer à apprendre, de comprendre et de partager mes découvertes de manière accessible et documentée.
Un commentaire
Les commentaires sont fermés.