Artemis II : pour la première fois depuis 1972, des humains ont frôlé la Lune

Mission Artemis II lancement fusée SLS Kennedy Space Center 1er avril 2026

Il y a des moments où l’histoire s’écrit en direct, et où l’on réalise qu’on était là. Le 1er avril 2026 à 18h35, heure de Floride — soit 0h35 dans la nuit du 1er au 2 avril en Suisse — la fusée Space Launch System de la NASA a quitté le pas de tir LC-39B du Centre spatial Kennedy en Floride, emportant quatre astronautes à bord du vaisseau Orion vers la Lune. C’était la première fois depuis Apollo 17 en décembre 1972 — il y a plus de cinquante ans — que des êtres humains quittaient l’orbite terrestre pour s’aventurer vers notre satellite naturel. Et alors que vous lisez ces lignes, l’équipage d’Artemis II est dans sa dernière journée de mission, en route vers un amerrissage prévu le 10 avril dans l’océan Pacifique.

Qui sont les quatre astronautes

Le commandant Reid Wiseman, vétéran de la NASA, est à la tête de la mission. Le pilote Victor Glover est devenu lors de ce vol le premier Afro-Américain à voyager vers la Lune. La spécialiste de mission Christina Koch est la première femme à accomplir ce voyage. Et Jeremy Hansen, de l’Agence spatiale canadienne, est le premier non-Américain sélectionné pour un vol lunaire — et réalise là son tout premier vol spatial. Quatre premières historiques réunies dans une seule mission. Comme l’a formulé Victor Glover en contemplant la Terre depuis l’espace : « Croyez-nous, vous êtes incroyables. Et d’ici, vous ressemblez à une seule et même chose : l’homo sapiens, car nous sommes tous un seul et même peuple. »

Ce que la mission fait — et ce qu’elle ne fait pas

Artemis II n’est pas une mission d’alunissage. C’est une répétition générale, en conditions réelles, avec des êtres humains à bord. La trajectoire choisie est celle dite de retour libre : Orion utilise la gravité de la Lune pour contourner notre satellite et revenir naturellement vers la Terre, sans avoir besoin d’allumer ses moteurs pour repartir. Une sécurité passive et élégante — la même que celle utilisée lors d’Apollo 13 pour ramener ses astronautes en vie après l’explosion du module de service.

L’objectif central est de valider le vaisseau Orion en conditions réelles d’espace profond. Qu’il ne soit pas un problème de résoudre des calculs de trajectoire avec un équipage à bord, que le système de support de vie fonctionne sur dix jours, que le bouclier thermique résiste aux températures extrêmes lors de la rentrée atmosphérique après un passage à proximité de la Lune — des conditions bien plus sévères qu’un retour depuis l’orbite terrestre basse. Aucun de ces systèmes n’avait encore été testé avec des humains à bord.

Le lancement : une tension de quelques heures

Le compte à rebours du 1er avril a failli ne pas aller jusqu’au bout. Moins de deux heures avant l’ouverture de la fenêtre de lancement, la NASA a signalé un défaut de liaison avec le système d’autodestruction du lanceur. Si le problème n’avait pas été résolu, le décollage aurait été annulé. Une batterie du système d’éjection de capsule a ensuite affiché une température anormale — les équipes ont déterminé qu’il s’agissait d’un défaut de mesure, pas d’une vraie anomalie. Le tir, prévu à 18h24, a finalement été retardé de onze minutes. À 18h35, les quatre moteurs RS-25 — des moteurs hérités de la navette spatiale, qui ont cumulé 16 missions différentes avant de voler sur Artemis II — et les deux propulseurs d’appoint solides ont allumé en même temps. Trois minutes et dix-huit secondes plus tard, la tour de sauvetage était larguée. Orion était libre.

Le survol de la Lune — et un record

Le 6 avril, la capsule Orion a frôlé la surface lunaire à quelques milliers de kilomètres d’altitude, passant derrière la face cachée de la Lune et coupant temporairement toute communication avec Houston. Quelques heures plus tard, selon la NASA, la capsule a atteint une distance record de 406 771 kilomètres de la Terre — dépassant officiellement la marque d’Apollo 13 établie en 1970 à 400 171 kilomètres. Les quatre astronautes d’Artemis II sont désormais les êtres humains les plus éloignés de la Terre jamais enregistrés dans l’histoire. Les photos transmises depuis Orion montrent la Lune comme aucun être humain ne l’avait vue depuis un demi-siècle — et des régions jamais photographiées de près par un œil humain. Christina Koch a décrit le spectacle avec une simplicité déchirante : « Il n’y a rien qui puisse vous préparer à l’aspect époustouflant de voir votre planète natale illuminée comme en plein jour. »

La contribution européenne et française

Ce que beaucoup ignorent, c’est qu’Orion ne pourrait pas accomplir ce voyage sans l’Europe. Le Module de Service Européen — fourni par l’ESA, construit par Airbus avec Thales Alenia Space en sous-traitant — est le cœur technique de la mission. Ses quatre panneaux solaires de sept mètres chacun fournissent l’électricité. Ses trente-trois moteurs assurent la propulsion dans l’espace profond. Il gère l’air, l’eau et la température pour l’équipage. Vingt minutes après le lancement, ses panneaux se sont déployés comme prévu dans le vide. Sans cela, il n’y a pas de mission. La France y contribue directement : Safran fournit des équipements critiques, ArianeGroup des réservoirs essentiels, et des avioniques françaises pilotent une partie du module. Le CNES contribue également à plusieurs instruments scientifiques destinés aux futures missions à la surface.

Ce qui vient après : Artemis III et la surface lunaire

Artemis II est un test. La mission suivante, Artemis III, est prévue au plus tôt en 2027 — mais dans une configuration nouvelle. Une mission intermédiaire, Artemis III, se déroulera entièrement en orbite terrestre basse pour tester le rendez-vous et l’amarrage avec l’atterrisseur lunaire Starship HLS de SpaceX. C’est Artemis IV, prévue en 2028, qui devrait voir les premiers astronautes fouler à nouveau le sol lunaire depuis 1972.

La Chine avance en parallèle sur son propre programme lunaire habité, visant une présence sur la Lune avant 2030. Cinquante-quatre ans après Apollo 17, la course à la Lune n’est plus une métaphore. Elle est, à nouveau, une réalité opérationnelle.

Article rédigé le 9 avril 2026 par Adrien Hassler, passionné d’astronomie, d’IA et de nouvelles technologies, et créateur d’AdrienTech.com

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